vendredi 24 octobre 2014

Nouvelles du front : le risque d'écrire (et la rémunération des auteurs)

(Flickr / Anil Mohabir)


Cette semaine, enfin seule (voir les autres articles sous le libellé "Nouvelles du front"dans lesquels j'ai montré d'autres facettes du travail d'écrivain), j'ai atteint l'objectif que je m'étais fixé : terminer l'écriture d'un roman commencé il y a des mois. Il s'agit d'un roman jeunesse, plutôt destiné aux 9-12 ans (même si les âges, les goûts et les couleurs...). Qui n'a pas de titre, ni d'éditeur (l'un allant souvent avec l'autre) et que je vais donc me garder de vous résumer pour l'instant. Sachez seulement que le personnage principal s'appelle Léo, qu'il se perd dans les couloirs du métro, et accepte de suivre une dame un peu étrange se faisant appeler Calamity Jane.
Non, non, n'insistez pas, vous ne saurez rien de plus.

J'en entends déjà, au fond, qui s'interrogent. Alors comme ça, quand on écrit un texte, et qu'on en a déjà édité un certain nombre, on n'est pas sûr qu'il soit publié ??
Et bien non. C'est à chaque fois un pari. Je dirais même un risque.
Risquer de passer plusieurs mois sur l'écriture d'une histoire qui, aussi bien, ne rentrera dans aucune case éditoriale.
Risquer, donc, de travailler plus, pour ne gagner "rien", si l'on s'en tient au strict aspect financier du travail (d'un autre côté, quand écrire est un métier... c'est la moindre des choses que de voir le temps d'écriture comme de l'argent).
... Souvenez-vous de ce que disait Roald Dahl... "It's a big decision" !
Oui, c'est une "grande décision", que de choisir de développer une histoire, celle-là et pas une autre, parce que l'on s'engage sur plusieurs mois, et, j'ajouterai (même si je ne crois pas que R. Dahl l'entendait de cette façon), l'on s'engage à travailler sans garantie de salaire.

Quoi ? Salaire ? Non, que dis-je... droit d'auteur.
Soit, la rémunération d'une œuvre de l'esprit. Joli, non ?
Pour faire simple, l'éditeur nous rémunère, en échange du droit que l'on cède à faire usage de notre texte (ou de nos images). Donc le texte reste le nôtre, on ne le vend pas en tant que tel (mais personne n'a plus le droit de l'utiliser, ni pour l'édition, ni pour la BD, ni pour le théâtre, etc.).

Pourquoi j'en parle cette semaine ? Parce que je viens de terminer l'écriture d'un roman. Que j'ai pris le risque ces derniers mois d'écrire cette histoire là, sans savoir si un éditeur s'y intéressera. Mais pas seulement. C'est aussi parce que "la rémunération des auteurs" a justement été l'objet du Forum de la Société des Gens de Lettres (SGDL pour les intimes), cette semaine (vous pouvez voir les vidéos sur le site SGDL TV).

Allez, je n'en ai encore jamais parlé sur ce blog, et pourtant, ceux qui me connaissent savent que c'est un sujet qui me tient à cœur. Alors je vais m'autoriser un article un peu sérieux, pour vous expliquer cette notion de risque.

Qui dit droit d'auteur, dit (rassurez-vous, je ne vais pas être exhaustive, j'aurais trop peur de vous perdre en route) :

1/ Un pourcentage : pour un roman jeunesse, même très long, il varie en général entre 5 et 8%. On peut trouver moins (enfin je suppose), on peut trouver plus, mais la fourchette "habituelle" est celle-là. Soit, pour un exemplaire d'un roman qui sera vendu 10€, entre 50 et 80 centimes qui reviendront à l'auteur (le reste revenant à l'éditeur, au librairie, au diffuseur, etc.). Comme ça n'est pas un "salaire", on ne prend pas en compte le temps passé à l''écriture du texte. On prend en compte le prix public du livre (fixé par l'éditeur). J'ajoute qu'évidemment, s'il y a plusieurs auteurs (ou un illustrateur), ce pourcentage sera divisé entre tous. C'est pourquoi, dans le cas d'un album, chacun se retrouve avec 3 ou 4% (donc 30 ou 40 centimes par exemplaire si le livre est vendu 10€). Parfois même, l'illustrateur touche un plus grand pourcentage que l'auteur du texte (ne me demandez pas pourquoi, cela ne me semble pas être d'une grande logique si l'on part du principe que l'on a cédé le droit de faire usage de notre œuvre et que cette œuvre est autant à l'auteur qu'à l'illustrateur... zut, je m'égare.)

2 / Une avance sur droit (à valoir) : c'est une somme versée à l'auteur en attendant que l'éditeur puisse savoir avec exactitude combien d'exemplaires du livre seront vendus dans l'année qui suit la publication. Donc, là aussi, on se base sur le prix du livre, ainsi que sur le tirage. Pas de fourchette, c'est très très variable, puisque cela dépend du prix du livre en question, mais aussi de la renommée de l'auteur, entre autres (en fait, à tort ou pas, de son "potentiel commercial"). Ainsi, certains auteurs n'obtiendront que 800€ pour un roman quand d'autres en obtiendront 2000€ ou plus (en jeunesse, précisons... en littérature générale c'est souvent davantage, même pour des débutants). Cette somme est censée représenter un an de vente du livre, elle reste acquise à l'auteur, il n'a pas à rembourser en cas de ventes médiocres (manquerait plus que ça). En revanche, elle doit être "comblée", avant que l'auteur ne puisse toucher quoique ce soit de plus les années suivantes (d'où l'importance du pourcentage... plus il est haut, plus l'avance est comblée rapidement). Donc il arrive parfois qu'un livre ne rapporte rien de plus à son auteur que cette avance sur droits. En effet, la durée de "vie" d'un livre est de plus en plus courte (parfois 2-3 ans seulement), certains éditeurs préférant publier de nouveaux titres plutôt que de faire perdurer les anciens. Donc cette durée de vie peut ne pas être suffisante pour que l'auteur rattrape l'avance qui lui a été versée : le livre est soldé (or l'auteur ne touche rien sur les exemplaires soldés comme précisé habituellement dans le contrat d'édition) ou mis au pilon avant.

3/ Une rémunération annuelle (et non mensuelle) : comme je l'expliquais au-dessus, l'éditeur attend une année avant de calculer ce qu'il doit à l'auteur. Ce dernier touche donc une avance, mais ensuite, il doit attendre un an avant de toucher quoique ce soit de plus (et parfois, donc, comme expliqué au-dessus, rien). Sachant que certains éditeurs ponctionnent en plus, sur ces droits d'auteur, une "provision sur retours" la première année... C'est un pourcentage censé représenter la quantité de livres qui seront fatalement retournés par les libraires (donc, invendus). Bien entendu, si ce chiffre a été surestimé, rassurez-vous, on rend à l'auteur ce qui lui revient (mais l'année d'après, soit deux ans après la parution du livre).
Autant vous dire que, sauf succès certain, le montant des droits d'auteur sur un seul livre jeunesse, la première année, est rarement un chiffre à plus de deux zéros. Que dis-je, la première année... Plutôt, la première année et demi... Car si les comptes sont arrêtés au bout d'un an, le paiement, lui, arrive rarement immédiatement (souvent entre 3 et 6 mois de délai).


Il y aurait encore beaucoup à dire... pourcentages de droits d'auteur réduits de moitié en cas d'édition poche... droits numériques réduits à la portion congrue... Si le sujet vous intéresse, rapprochez-vous des organisations ad hoc (Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse, SNAC BD, SGDL...).

Je voulais surtout, à travers cet article, et cela me semblait juste de le faire cette semaine, vous dire une chose importante :
Ecrire est un risque, que l'auteur prend, seul, et constamment. Alors certes, il n'a pas à engager de frais quand il écrit. Et encore... il doit éventuellement imprimer, ou proposer son texte à l'éditeur par courrier (= frais d'envoi), acheter un nouvel ordinateur quand le sien ne fonctionne plus, puisque les éditeurs n'acceptent plus de manuscrits "faits main"... Quant aux illustrateurs qui ne travaillent pas directement en numérique... il faut bien qu'ils dépensent de quoi acheter les peintures, le papier... Enfin, soyons "souples", et disons que l'auteur n'engage pas de frais.
Mais c'est oublier qu'il prend un risque majeur : celui de "perdre son temps" de travail (qu'il aurait pu utiliser en exerçant une activité salariée, par exemple). D'une part parce que rien ne dit que son texte sera édité, mais aussi parce que rien ne dit que les ventes suivront (or... sur ce point... l'auteur ne peut pas grand chose, la diffusion et la communication autour du livre n'étant pas, théoriquement, de son fait).

C'est un peu comme si vous passiez des mois à travailler sur un projet et qu'ensuite votre employeur vous disait "non, finalement, je crois qu'on ne va pas le faire, donc désolé mais vous n'aurez pas de salaire du tout pour ces six derniers mois". A ceci près que l'auteur peut éventuellement choisir de présenter ce projet à d'autres, bien sûr (et heureusement... d'où l'importance de l'absence de "clause de préférence" dans les contrats...car sinon, le risque est total).
Ou comme si votre employeur choisissait de poursuivre le projet, et d'engager des moyens financiers pour le faire, mais qu'il vous donnait l'équivalent d'un mois (voire moins) de salaire (sachant, donc que vous y avez travaillé six mois), et qu'il attendait ensuite un an afin de connaître les retombées financières du projet, et de vous verser la suite (ou pas, donc). 
(pour continuer dans les parallèles... je vous conseille le blog "Mon maçon était illustrateur et il a gardé de bonnes habitudes"... à la fois drôle et... édifiant !)

Ah, mais suis-je bête, le droit d'auteur n'est pas un salaire. Soit. C'est sans doute bien comme ça.
Mais quand j'entends dire que l'éditeur "prend tous les risques" (ce qui n'est pas juste une querelle de chapelle mais justifie parfois un pourcentage minimal, une avance réduite, et j'en passe), j'aimerais bien qu'on m'explique en quoi ça n'est pas un risque que de passer des mois à écrire pour jeter ensuite son texte dans l'océan éditorial, comme une bouteille à la mer. Surtout quand on a choisi d'en vivre (c'est fou, je sais, je devrais avoir honte).

Et vous savez ce qui me fait peur (car ceci est une conséquence possible de cela) ?
Qu'un jour, écrire devienne à jamais un hobby. Que personne (à part oui, peut-être quelques auteurs "bankable") ne puisse plus choisir d'en faire son métier (je ne dis pas rêver de millions, non, juste en faire un métier).
Car alors... imaginez à quoi ressemblera votre librairie... un étalage des mêmes noms, encore et encore : vous n'aimez pas Untel ou Untelle ? Tant pis, il n'y a plus qu'eux qui peuvent se permettre de passer un an à écrire un roman. Vous cherchez des livres sortant des sentiers battus, pour votre enfant ? Nous sommes désolés, ça ne se vendait pas assez pour que leurs auteurs puissent consacrer leur temps à les écrire, prenez donc un Martine !
Comment ça, vous l'avez déjà ??
(Rassurez-vous vous pourrez quand même générer de fausses couvertures)



Pour prolonger ces réflexions, allez donc faire un tour sur le blog d'Eric Wantiez... et notamment sur son article, posté juste en même temps que le mien (comme quoi, les temps sont durs) :
"Ecrire, une vocation..."





mardi 14 octobre 2014

T'étais où ?? A Saint-Germain-Lembron !



Autre aspect du métier d'écrivain (enfin cela ne concerne que les gentils écrivains, ceux qui trimballent leurs valises d'Intercité en TER pour venir à la rencontre des lecteurs, précisons) : les salons et les rencontres scolaires.
La semaine dernière, donc, c'est à Saint-Germain-Lembron (en Auvergne : la Montagne, le Saint Nectaire, les volcans, tout ça, et aussi cette photo en haut) que je me suis rendue, dans le cadre de la Semaine du livre, organisée par l'Association La Licorne.



Mes camarades auteurs (Michel Boucher - dit "Missel Bousser" - Yves-Marie Clément et Alain Crozon) et moi (enfin au début on n'était pas camarades, mais les auteurs "jeunesse", c'est comme les mômes, ça se fait vite des copains) avons donc arpenté le coin (dans une voiture digne des plus beaux James Bond, mais c'est une autre histoire) pour parler de nos livres et de notre métier (si, si, un métier, un vrai) aux classes inscrites à l'évènement.
(ça fait beaucoup de parenthèses, et j'en connais qui auraient tôt fait de me surligner ça en rouge, ou gris ou jaune, mais ici c'est mon blog, alors je fais ce que je veux)

Comme souvent, nous sommes revenus les poches pleines de beaux souvenirs, et de dessins en tout genre.

(finalement, c'est assez décoratif comme nom...)



Des animaux mélangés...



La belle surprise : Histoires de Poche (livre a priori introuvable
mais dont il existe une version sur Internet ICI ) !!



La visite d'un auteur contre une récré, ça vaut ou ça vaut pas ?... Hum...


La suite du tome 1 de "Je suis un autre", imaginé par les enfants d'Augnat (qui ont bien voulu me laisser leurs textes même s'ils n'avaient pas eu le temps de les corriger, donc, ce sont des "premiers jets", hein !)




J'espère ne pas avoir fait d'erreur (sinon, hop, un commentaire et je corrige)... Et pardon à ceux qui ne trouveront pas leur œuvre sur ce blog... Je n'ai évidemment pas pu tout prendre en photo.


Le samedi, c'était au tour des dédicaces. Et on n'a pas chômé. Enfin, surtout les auteurs-illustrateurs, comme vous le verrez ci-dessous (merci à Virginie pour les photos récupérées sur la page FaceBook de la Licorne!).
Non en fait on n'a pas chômé non plus, la photographe a juste saisi un moment de calme, rassurez-vous.








(y'en a même qui mettent des gros mots dans leurs titres et qui vous regardent d'un air entendu)


Je n'oublie pas Mickaël Rivière et Anne Bernardi, auteurs-illustrateurs tous les deux, ainsi que les éditions du Poisson Soluble, qui nous ont rejoint pour le salon.

Voyez un peu la belle brochette du samedi midi :


Ah oui, car en plus, samedi, il faisait super beau !

Un grand merci aux enseignants qui nous ont invités dans leurs classes, aux enfants qui ne nous ont pas dévorés (alors qu'à 11h, en général, on a faim), un merci également aux visiteurs du salon, et surtout un grand merci à Nathalie, et tous les membres de la Licorne !
(c'est mon côté remise des "César")




vendredi 3 octobre 2014

Des nouvelles du front

(petit bout d'un tableau de Picasso... Image sur moma.org)


Cette année, j'ai décidé de vous raconter un peu ce qui fait ma vie d'écrivain, semaine après semaine (autant que faire se peut, bien sûr) . Vous pourrez ainsi découvrir qu'un auteur passe beaucoup de temps à travailler avec d'autres, contrairement aux idées reçues.

La semaine dernière donc, j'écrivais, dans la joie et la bonne humeur (toujours) avec Séverine Vidal et Sandrine Beau, sur le prochain tome de notre série, La Tribu.

Cette semaine, c'est toujours dans la joie et la bonne humeur que je travaille, mais avec Tibo Bérard. Tibo Bérard, c'est l'éditeur responsable de la sublime collection pour ado, Exprim' (et aussi de la non moins sublime collection Pépix), aux Editions Sarbacane.
Et là, vous en concluez donc, puisque vous êtes des gens perspicaces, qu'un de mes romans va bientôt venir rejoindre les rangs de cette collection. Et vous n'avez pas tort.

Je tais, pour l'instant, le titre du livre, et encore plus la couverture. Par contre je peux déjà vous annoncer qu'il sera en librairie, a priori, en février 2015. Donc, quand je disais "bientôt", sachant les délais qui sont nôtres (une année, voire une année et demi séparant parfois l'écriture d'un texte et sa publication), ça n'était pas une figure de style.

Bref, nous en sommes à la phase "relecture et corrections", phase colorée, passionnante mais fatigante, avec cette impression d'être un bijoutier qui travaille l'œil collé à sa loupe.
Voyez plutôt (et encore, là, ça n'est rien) :


Je vous laisse, donc, pour retourner à mon texte fluoté-rougi-souligné. Pas de repos pour les braves.

N'oubliez pas... Rendez-vous en février pour découvrir le résultat (vous verrez, ça sera tout propre) !






jeudi 25 septembre 2014

La Tribu met les voiles !


  


Non d'accord, ça n'est pas le titre que nous avons choisi pour ce troisième tome de la série La Tribu, que nous venons juste d'achever d'écrire (si l'on excepte les inévitables corrections, d'autant que notre éditrice ne l'a pas encore lu). Mais ça aurait pu coller.
Dans ce troisième tome, donc, la Tribu traverse la Manche, à la recherche du trésor d'Harold (si vous êtes déjà perdus, (re) lisez vite le tome 1).

Un petit extrait ?
Ici, c'est Ulysse qui parle.

"Je m’enfonce un peu plus loin dans le noir. La lumière de ma frontale dérange une sorte de Bernard L’Hermite qui rentre dans sa coquille. Je le pousse sur le côté et je continue mon exploration.
  - Alors ? Tu vois quelque chose ? demande Betty derrière moi, à voix basse.
  - Non ! Rien pour l’instant, je réponds, enfin… A part cette fameuse armée de crabes armés jusqu’aux dents !

En représailles, Betty me balance un tas d’algues qui vient atterrir mollement sur mes chaussures. J’avance encore, jusqu’à toucher la paroi du bateau, tout au bout. Je dirige ma lampe un peu partout autour de moi. Rien. Echec total. Le bateau est vide. Sable, coquillages, algue… Aucun indice. Je m’assois contre le mur de planches pour reposer un peu mes genoux, et je me mets à décoller l’espèce de mousse verte qui recouvre le bois, à ma gauche, histoire d’avoir un truc gluant à jeter à Betty quand je serai ressorti. 
Mais alors qu’un gros paquet vert se détache de la paroi, je m’aperçois que quelque chose est gravé en dessous. Je continue à gratter pour décoller plus de mousse. M. C’est un M. Et juste à gauche, un A. Puis un I. Une fois toute la planche nettoyée, je lis...."

Vous ne pensiez pas que j'allais tout vous dire, non ?

Il va falloir patienter un peu...

Sortie prévu en 2015 ! Aux Editions Frimousse, of course.







lundi 15 septembre 2014

Rentrée : last but not least... Dédicace avec Mayalen Goust.



Parce qu'une belle affiche vaut mieux que de longs discours...

(Mayalen Goust fera aussi une séance de dédicace
de 10h30 à 12h30 à la Librairie Mémoire 7 de Clamart)